Minorque au fil de l’eau



Minorque, destination méconnue, petite île au coeur des Baléares, loin de l’agitation d’Ibiza, du fourmillement de Majorque. Minorque, île convoitée et tour à tour par Espagnols, Anglais, Italiens pour sa position stratégique, et de nos jours préservée des entrepreneurs immobiliers : soixante-dix pour cent de l’île est classée réserve de la biosphère.


 Si l’on souhaite profiter des bienfaits de la mer, du soleil, et de la nature, tout en évitant la foule des estivants, quoi de tel qu’un tour de l’île en voilier ? De nombreuses criques ne sont accessibles que par la mer, les plages du Sud sont de petits paradis, sable fin encaissé dans une falaise surmontée d’une pinède. Par la terre l’accès est payant lors de la saison estivale. Rien de tel en bateau. Il suffit d’arriver, de jeter l’ancre à quelques dizaines de mètres de la plage, pour profiter de l’endroit en toute quiétude. Si l’on veut aller à terre, on prend l’annexe, petit Zodiac spécialement prévu à cet effet. À vous alors les pique-niques sur la plage, en solitaire, en profitant du coucher de soleil.
En remontant la cote, il ne faut pas manquer une crique toute particulière : la falaise y est composée d’une multitude de grottes, sur plusieurs étages. Certaines même sont aménagées, avec un mobilier sculpté à même la roche. Ancien village hippie, quelques personnes y vivent encore à l‘année, tel des troglodytes modernes.


Au cours de la croisière, il est intéressant aussi de s’arrêter dans les ports. Mahon, la ville principale, qui donna son nom à la mayonnaise (ou mahonnaise...). Son port est le plus profond abri naturel du bassin méditerranéen. Ciutadella est l’autre grande ville de l’île : c’est une belle cité ancienne, aux teintes ocres, célèbres pour ses fêtes, au cours desquelles les paysans des alentours viennent parader sur de magnifiques chevaux noirs, qui cabrent en plein milieu de la foule au rythme des fanfares.
La cote Nord est plus sauvage, et moins fréquentée. C’est ce qui fait son charme. Les connaisseurs s’y retrouvent. La nature prend parfois des accents d'Irlande sur ces cotes rocheuses. ne manquez pas de vous arrêter à Fornells, petit village qui rappelle les cyclades, constitué de maisons basses, peintes à la chaux, au blanc toujours resplendissant. Ne manquez pas non plus une visite à l’intérieur des terres, en louant des vélos par exemple, que ce soit pour voir les fermes (l’île est encore très rurale), ou contempler le paysage du haut du Monte Toro où se trouve un charmant couvent et une vue à 360°.
Les minorquins sont fiers de leur joyau. Ici on ne parle pas castillan, ni catalan, mais minorquin. Muy bien se dit «Mol be» et l’allure «Poc a poc» pourrait être la devise. Un minorquine désigne un bateau local, les minorquines sont des chaussures de cuir locales, il y a même des glaces nommées minorquines. Quand on prend un verre à terre, après plusieurs jours à être bercé par les vagues, on est étonné de ressentir le «mal de terre», ivresse inversée et inattendue : le corps a pris le rythme marin, il s’est fait au balancement continu, à ce massage de l’âme et du corps donné par l’élément originel,  qui vous emplit profondément. À bord tout est communion avec les éléments. On cuisine à l’eau de mer, le vent vous fait tourner, ce qui a l’avantage de proposer une vue chaque fois différente depuis le pont arrière. La pêche est facile et le poisson abondant. Un petit barbecue placé à l’arrière nous régale de ses grillades. On dort comme jamais. La moindre risée donne un parfum d’aventure. La mer aussi favorise les rencontres. Il n’est pas rare de s’inviter entre voisins de mouillage. Les classes sociales se mélangent joyeusement, reliée par la même passion, et l’on peut parfois être invité sur un yacht pour manger une tortilla préparée par la femme du capitaine.
Attention toutefois (et là se trouve un plaisir plus profond encore) : la Méditerranée est parfois capricieuse, et l’on ne joue pas avec ces forces qui nous dépassent. À la moindre alerte, il convient d'être sage et de chercher refuge dans un port ou une crique abritée. C’est ce qui donne à l’expérience, non plus un simple parfum, mais une réelle dimension d’aventure.



Y aller :
Par avion : l’aéroport de Mahon est desservi depuis Paris et Barcelone. La compagnie Vueling propose des tarifs intéressants (vueling.com). Comptez entre 35 et 70 euros pour un aller.
Par bateau depuis Barcelone : Compagnie Transmediterranea. Environ 50 euros la traversée. www.trasmediterranea.es

Pratique
- Location de voilier avec ou sans équipage dans le port de Mahon : www.menorcanautic.com. 00 34 971 354 543. Prix variable suivant les saisons et le type d’embarcation. Ne pas hésiter à négocier.
- Location de Kayaks, vélos à Fornells : Katayak, Paseo marítimo 69, Fornells, 07748 Menorca, 00 34 626 48 64 26, info@katayak.net.
- Pour faire laver son linge en famille : La lavanderia del puerto. C/Des Castell. 00 34 666 85 06 12. Service impeccable par des français installés sur place.

Pour manger :
Quelques adresses conseillées par les locaux :
- Cranc pelut à Fornells : Gumersindo Riera 98, Fornells (Paseo Marítimo. 00 34 971 37 67 43. Parfait pour les fruits de mer. Le patron fait sa propre huile d’olive. 30à 50 euros par personne.
- Manger des tapas à Ciutadella : bar le triton (spécialité de pulpo à la gallega, succulentes tranches de poulpes frais à l’huile d’olive et au paprika). 55 rue Marina, 07760, Ciutadella de Menorca. 00-34- 971 38 00 02. www.bartriton.com



Par Antoine Cathalau

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