Palerme
Carnet de voyage 1
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Ahhhh, Palerme… M’y voici depuis une semaine et déjà mon français
s’estompe, se désagrège, se dissout dans la pétulance colorée de cette
Sicilienne intraitable et de ses palazze dorés.
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| Palerme scène de rue, Amaury de Val Roger |
Il est vrai aussi que je n’ai guère eu d’autre choix que de me mettre à parler rapidement l’italien, le palermitain moyen étant à peu près aussi doué pour les langues étrangères que le fox-terrier pour la belotte coinchée : ici on vous parle italien, si vous êtes sage, et sicilien, dès lors que votre participation n’est pas absolument indispensable à la conversation. Que voulez-vous, voyager est un métier.
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| La Zisa (de l'arabe "El Aziz" qui signifie la splendide, la noble), Amaury de Val Roger |
C’est dire combien je suis doublement heureux d’avoir accepté de rédiger ce
carnet de voyage pour mes camarades de chez Michelin restés au pays. D’une,
voilà une garantie que je baragouine encore quelques mots de français à mon
retour, chose indispensable pour rentrer vivant de Roissy-Charles-de-Gaulle. De
deux, Palerme mérite plus qu’une autre d’être racontée, chantée même, vécue
surtout : à la fois accueillante et farouche, splendide et décrépie, riche
d’histoire et suprêmement pauvre, son identité tout en paradoxes la rend
délicieusement insaisissable et, à ce titre, résolument dévorante.
Cento mercati ?
| Amaury de Val Roger |
Je suis français et je suis pragmatique : mes ancêtres n’ont pas conquis
l’Europe en ne mangeant que du chou farci, que je sache. Première étape
indispensable donc : le marché. Objectifs : découvrir les produits locaux ;
nouer des échanges commerciaux avec les indigènes ; et sécuriser un
approvisionnement continu en produits frais, et ce au meilleur prix. La base de
la civilisation, en somme. Aussi fus-je quelque peu troublé lorsque, demandant
dans la rue où se trouvait le marché le plus proche, j’obtins autant de
réponses que de palermitains : « juste là, à gauche ! au bout de la rue et à
droite ! derrière vous, à 100 mètres et à gauche, vous ne pouvez pas le rater !
» C’est qu’il y a, à Palerme, autant de marchés que d’immeubles en ruines (ou
presque) : pas un quartier qui ne déploie, tous les jours et du matin au soir,
son mercato aux étals débordant de produits de la mer et de fruits dopés au
soleil de Sicile. Comme me l’explique un peu plus tard mon voisin, Palerme est
« la ville aux cent marchés. »
Direction Il Capo, un grand marché du centre-ville, situé à deux pas du
Teatro Massimo. Dans de petites rues sinueuses aux façades recuites par la
chaleur, une jungle de maraîchers harangue le chaland avec cette délicatesse
typiquement sicilienne qui a fait le succès de la famille Corléone : certains
feront même mine de prendre votre refus poli comme une insulte personnelle !
Comédie, naturellement, que tout cela. Mais derrière les facéties rituelles de
la vente à l’étal, on se rend vite compte qu’à Palerme, la nourriture, c’est du
sérieux.
Pouvoir d’achat
| Amaury de Val Roger |
Et qu’elle n’est pas chère ! Citrons de Sicile, gros comme des melons, un
demi-litre de jus par fruit : 1.39€ le kilo. Tomates vertes délicieusement
sucrées et à l’acidité subtile : 1.59€. Poivrons, dodus comme des pastèques, si
tendres qu’on peut les faire griller directement à la braise, 1.10€. Je précise
que ces prix valent pour mai 2012, au cas où la monnaie européenne viendrait à
s’effondrer avant la publication de cet article. Tout de même…
Mais c’est surtout côté mer que Palerme en met plein la vue – et les
papilles. Le thon rouge de Méditerranée, présenté entier sur l’étal, 80 bons
centimètres de diamètre, vous est débité en tranches à la demande, pour 14€ le
kilo, comme ça, au milieu de la rue. Vous avez bien lu : le meilleur thon de ce
côté-ci du Pacifique est vendu au prix du colineau de chez Carrefour : c’est la
première raison que j’ai trouvé de RESTER à Palerme. Les sardines locales, fraîches du matin,
grasses et goûteuses, sont bradées 1.50€ le litre ; le petit rouget de Méditerranée,
un délice à poêler à la minute sous un filet d’huile d’olive, 8€ le kilo ; et
ne me lancez pas sur les calamaretti ou leurs cousins pulpini, de petits
mollusques frétillants assez semblables aux supions marseillais et que l’on
roule dans la farine, l’ail et le persil avant de les jeter négligemment sur
une poêle chaude : 12€ le kilo.
| Amaury de Val Roger |
Si on mange divinement bien à Palerme, c’est à condition de manger les
produits locaux, bien sûr, mais aussi de savoir jusqu’où ne pas aller. Les
parisiens habitués aux boucheries étoilées du 14e arrondissement seront déçus
par la viande, certes peu chère mais aussi moins persillée, moins bien élevée
que celle que l’on trouve chez nous. Le porc et la chèvre, moins exigeants que
le bœuf, s’en tirent à cet égard substantiellement mieux. Quant au pain, mieux
vaut ne pas s’attendre aux miches complexes et parfaitement alvéolées des
meilleurs ouvriers français : ici c’est la pasta qui constitue la base de
l’alimentation et le pain, cet autre enfant du blé, n’a pas la part belle.
Qu’importe. Il suffit de se laisser porter au fil du marché et d’écouter son
instinct pour profiter du meilleur rapport qualité-prix de toute la
Méditerranée occidentale ; alors même français, on ne va pas se plaindre.
Principaux marchés (centre ville) :
- Il capo. A proximité du
Teatro Massimo, entre la rue Volturno et la place Beati Paoli. Un peu de tout,
surtout de la nourriture, superbes poissons.
- La vucciria. Déformation
de ‘boucherie’ en italien. Près de la place San Domenico, entre les rues
Giovanni Meli et Vittorio Emanuele. Bouchers corrects, beaux fruits et légumes.
- Ballaro. Autour de la
Piazza d. Carmine, non loin de la via Maqueda et du Palazzo Comitini. Un peu
plus populaire et donc (encore) moins cher.
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| Palerme, la chapelle Palatine chef d'œuvre de l'art arabo-normand, Amaury de Val Roger |
Par Maurice Dupont, Globe-Trotter.















