Tour de France à Pied : De Obenheim à Bray Dunes, plus de 6000 km parcourus !



Du 6 au 25 Août 2012


Dernières semaines de notre tour de France à pied… Nous longeons le Rhin et la frontière allemande, gagnons la Lorraine et les bassins miniers, puis les Ardennes. Depuis plusieurs jours, la chaleur s’est intensifiée et nous marchons en pleine canicule : des pics allant jusqu’à 38°C, peu d’ombre et peu d’eau. Mais à chaque pas, nous découvrons un peu plus l’histoire de notre pays et celle des gens qui habitent le long de nos frontières : enfants d’émigrés italiens ou polonais ayant fui le fascisme et la misère, grands-parents ayant travaillé des années dans les mines… tous étaient venus trouver le travail et la paix qu’ils n’avaient pas, à l’époque, dans leur propre pays. 50 ans plus tard, ils nous ouvrent leur porte et leur cœur… pour mieux les comprendre.

Peu à peu, nous approchons de Bray-Dunes, nous le sentons. L’air de la mer, le vent… les éléments changent au fur et à mesure. Encore quelques kilomètres, nous longeons la frontière luxembourgeoise, puis la belge, ultime frontière de notre périple. Tout à coup, le chemin goudronné se transforme en chemin de sable et nous nous retrouvons dans ces dunes que nous avions quittées il y a un an. Il y a trois mois, presque jour pour jour, nous laissions la Méditerranée derrière nous, à Menton, pour arpenter les Alpes. Trois mois, et nous voici maintenant à quelques mètres seulement de la mer du Nord… Nos pieds s’enfoncent et nous ressentons  à nouveau les sensations premières du marcheur en bord de mer. Et soudain, lorsque nous parvenons au sommet d’une dune, l’horizon s’ouvre devant nous et la mer se dévoile dans toute son immensité. Le ciel est strié d’une lumière blanche, cette lumière pure, si particulière dans le nord…

A présent nous foulons le sable dur et nous sommes rejoints par un groupe de randonneurs venus nous accompagner sur les derniers mètres. L’accompagnement de notre tour de France à pied se fera jusqu’à la fin, pour notre plus grand bonheur. Nous arrivons alors sur la digue de Bray-Dunes, lieu exact de notre départ, attendus par des dizaines de personnes qui ont suivi notre périple, qui nous ont hébergés, accompagnés le temps d’une journée ou plus… Ils sont tous là en ce moment si important pour nous, ils nous accueillent avec leurs bras ouverts et leurs sourires. Et nous nous élançons en courant, hurlant de joie, pour les derniers mètres de cette extraordinaire folie qu’était notre Tour de France à pied.


Aurélie et Laurent




Tour de France à Pied: De St Gingolph à St Dizier l’Evèque, 5230 km!


Du 13 au 25 Juillet 2012
De St Gingolph à St Dizier l’Evèque
5230 km


Les Alpes derrière nous, nous contournons le lac Léman et la frontière suisse. Devant nous, Evian et Annemasse. A notre droite, Lausanne et Genève. Ici, le phénomène des « frontaliers » est très présent : les « frontaliers », ce sont ces français qui travaillent en Suisse et vivent en France. Toutes les familles chez qui nous dormons le soir nous en parlent. Nous resentons d’ailleurs un certain clivage et une économie à deux vitesses entre les frontaliers et les non frontaliers. Quelques soupçons de jalousie par moment ou bien un choix très affirmé. Mais chacun se retrouve sur un point : c’est toute une région qui vit grâce à ce phénomène. Sans la Suisse à côté, les régions du lac Léman et du Jura ne seraient pas devenues aussi vivantes et attractives ; au contraire, elles se seraient progressivement dépeuplées.
 
En Franche-Comté, le sport et le contact avec la nature font partie intégrante du quotidien… et pas qu’un peu ! Johan, 25 ans, fait régulièrement du trail sur le Tour de Mont Blanc qu’il termine aisément en 3 jours et dès qu’une opportunité se présente, il part au Pérou, dans la Cordillère des Andes, à la recherche de tracés encore inexplorés. Romain, 15 ans, s’est spécialisé en saut à ski, il réalise des longueurs de plus de 110 mètres avec une descente frôlant les 90 km/h et a ouvert la Coupe du Monde de saut en mars dernier. Nous pensions avoir rencontré les personnes les plus surprenantes du coin… c’était sans compter Olivier.
Explication…
Fin de journée, nous arrivons près du Mont d’Or où nous retrouvons Sandrine et sa fille Léna. Elles ont entendu parler de notre Tour de France à pied dans la presse et ce sont proposées pour être nos hôtes du soir. Immédiatement, le contact passe. Les gens d’ici vous parlent directement, droit dans les yeux, avec un accent qui vient du fond de la gorge et un rire qui fait baisser toutes les barrières, instantanément. Sur le chemin, Sandrine nous questionne sur notre voyage, les plus de 5000 km parcourus, les jours de pluie, de grêle et de canicule…
- Tout de même, vous êtes un peu fêlés… A priori, vous devriez bien vous entendre avec mon mari !
Sur ce, nous arrivons chez elle. Olivier nous attend avec les spécialités de la région, saucisse de Morteau, Comté, Cancoillotte, Absinthe et Pontarlier. Il mesure près de 2 mètres et est aussi large d’épaules qu’une armoire normande.
- Bienvenue chez nous, les marcheurs ! nous lance-t-il avec une claque dans le dos qui manque de nous faire vaciller.
Chez eux, c’est une immense vieille ferme de bois et de pierres qu’Olivier a refaite de ses propres mains. A l’intérieur, tout est à l’ancienne, avec le vieux poêle, le four à pain, les peaux de bête et les skis de fond qui trainent dans chaque coin de la maison. A l’extérieur, un bain finlandais pour les soirées à la belle étoile par –15°C. Tout autour, ce ne sont que champs et chemins de terre. Rien ni personne pour perturber ce hâvre de paix. Nous sommes sous le charme…
En découvrant peu à peu les secrets de lieux, je tombe sur un vieil article de presse accroché au mur. Il y a la photo de deux hommes pris dans d’énormes combinaisons et capuches de fourrure, les sourcils recouverts de glace, la barbe parsemée de stalactites, les lèvres boursoufflées et la peau striée de gerçures. Et une légende sous la photo : « Olivier Louis, en pleine traversée de la Terre de Baffin »
Je crois halluciner.
Je reviens, en trombe, sur la terrasse où tout le monde est attablé et tends l’article à Laurent. Immédiatement, ses yeux s’agrandissent :
- Tu es allé en Terre de Baffin ???
- Mais je n’étais pas seul ! dit-il, comme pour atténuer l’événement.
La Terre de Baffin est l’un des endroits les plus lointains et les plus hostiles de notre planète. Située en Arctique, au nord du Canada, c’est une terre faite de glace, sans vie humaine sur des centaines et des centaines de kilomètres à la ronde.
- Raconte !
Laurent trépigne à l’idée d’en savoir plus sur cette aventure de l’extrême.
- C’était il y a plus de 20 ans, nous sommes partis à deux avec mon meilleur ami. Cinq semaines pour traverser cette terre blanche, à chercher un itinéraire inédit. Cinq semaines sans croiser personne… LA vraie solitude, quoi !
- Mais qu’est-ce qui t’a poussé là-bas ?
- La jeunesse, l’envie d’aventure… ça doit vous parler, non ?
La remarque nous fait sourire, forcément.
Peu à peu, les souvenirs reviennent : le traineau de 110 kg, les journées à - 40°C, les fermetures éclairs complètement gelées, la platitude et la nécessité de s’orienter sans point de repère.
- Dans un lieu où tout est blanc, où l’horizon se confond avec la banquise, et où les blocs de glace se détachent et vous font reculer de plusieurs dizaines de mètres, garder ses repères et avancer tient du miracle.
- C’était ça le plus difficile ? L’orientation ?
- Bon Dieu ! Si y’avait eu qu’ça ! C’aurait été un jeu d’enfant !
Olivier se marre devant nos têtes déconfites.
- Le plus dur à gérer, c’était l’eau.
- Pourtant, vous aviez de la neige et de la glace autour de vous ! Vous ne deviez pas en manquer…
L’eau n’est pas forcément l’élément manquant auquel j’aurais pensé…
- Ce n’est pas si simple, reprend Olivier. La glace, c’est en fait de l’eau de mer et donc de l’eau salée. La solution, c’est effectivement la neige. Mais à ces températures extrêmement basses, il faut beaucoup de kérozène et beaucoup de temps pour la faire fondre.
- Vous n’avez pas de problème avec des bêtes sauvages ? demande Laurent qui se souvient de son expédition en Alaska et de la carabine qui n’était jamais loin.
Tout à coup, Olivier perd quelques couleurs.
- Nous nous sommes réveillés un matin, notre camp était littéralement encerclé de loups !
- Pardon ?
- Comme je t’le dis. Ils étaient une bonne vingtaine, à peine à quelques mètres de nous.
- Ils vous ont attaqués ?
- Non, ils étaient plutôt… curieux. Ils sont restés là, à nous observer, pendant des heures. Et quand on s’approchait d’eux, ils reculaient en gardant toujours la même distance. Au bout d’un moment, nous avons plié le camp et ils ont disparu.
Rien qu’à visualiser la scène, nous en avons des sueurs froides.
- Et puis, continue Olivier, un autre jour, ce sont des ours que nous avons croisés. Fort heureusement, à aucun moment ces bêtes ne nous ont attaqués ! Nous n’avions qu’un pauvre couteau pour nous défendre, alors on n’aurait pas fait long feu…
Olivier ouvre la fontaine d’absinthe, un mince filet d’eau coule sur le sucre qui se dilue ensuite dans le verre.
- Mais pour être honnête, au-delà des ours, des loups et du manque d’eau, c’est ma femme qui m’a le plus manqué. Cela faisait deux ans que nous préparions l’expédition et entre-temps, j’ai rencontré Sandrine. L’épouse de mon ami, elle, elle était carrément enceinte lorsque nous sommes partis ! Tout était enclenché et nous avons décidé de mener le projet jusqu’au bout mais si c’était à refaire…
Si c’était à refaire, il ferait peut-être différemment mais au fond, on ne change pas un homme. Aujourd’hui, l’attrait des grands espaces est toujours aussi fort, et c’est en Finlande avec leurs skis de fond qu’Olivier et Sandrine continuent de partir à l’aventure sur la glace… mais en famille !


Aurélie et Laurent

Tour de France à Pied : Des Chapieux à Saint Gingolph 4851 km


Du 28 Juin au 9 Juillet 2012
Des Chapieux à Saint Gingolph
4851 km






Notre avancée dans les Alpes continue progressivement. Chaque jour, nous franchissons de nouveaux cols à plus de 2500 mètres d’altitude, chaque jour nous découvrons de nouvelles vallées, des sentiers peuplés de chamois, bouquetins et marmottes qui sifflent avant de détaler sur notre passage. Peu à peu l’été s’installe, les névés disparaissent pour laisser place aux versants fleuris de pensées, perces-neige et autres fleurs sauvages. Un véritable petit eden nous ouvre les bras…

Nous voici à présent à Chamonix. Nous avons quitté provisoirement le GR5 pour un rendez-vous extraordinaire : le Mont Blanc ! Situé à 4807 mètres d’altitude, le toit de l’Europe fascine des milliers d’hommes et de femmes depuis des décennies et représente pour beaucoup le sommet d’une vie. Pour nous, le Mont Blanc est surtout une étape mythique de notre Tour de France à pied. Accompagnés de notre guide, nous entamons l’ascension qui durera trois jours.
Première étape : le refuge de Tête Rousse à 3100 mètres d’altitude. Nous commençons la marche sous une pluie fine et raffraichissante. Au fur et à mesure que nous nous élevons, la végétation se raréfie, le sentier de terre devient chemin de pierres. Arrivés au refuge, nous assistons à un coucher de soleil extraordinaire sur toute la vallée. Les nuages se teintent d’une couleur dorée, les derniers rayons du soleil viennent se jeter sur les roches autour de nous.Chacun se tait pour mieux admirer la nature qui se révèle.
Nous nous levons à 1h30 du matin, enfilons nos crampons, ajustons nos casques et lampes frontales pour entamer la seconde étape de l’ascension. Devant nous, un mur de 700 mètres de dénivelés qui mène au refuge du Goûter situé à 3800 mètres d’altitude. Nous nous encordons, vérifions nos baudriers. Il est 2h30, il fait nuit noire, l’excitation est palpable. Nous avons le sentiment de vivre un moment unique.
Après deux heures de montée, les premiers rayons du soleil apparaissent et c’est à cet instant que nous découvrons la mer de nuages qui nous entoure et que nous venons de franchir. La vallée se dévoile avec les premières couleurs du jour, le ciel s’étend à perte de vue, l’infini nous accompagne… C’est tout simplement magnifique…
Peu à peu, la pente devient plus abrupte et nous passons à une partie qui est plus orientée « escalade ». Nous nous concentrons sur chacun de nos pas, estimons la soliditié des prises, calculons chaque mouvement pour économiser le plus d’énergie possible. Plus rien d’autre n’existe que la pente devant soi et le rocher où la main puis le pied viennent se caler. Cette partie est particulièrement exigente physiquement et je dépense beaucoup de forces pour me hisser mètre après mètre.
Arrivés au refuge du Goûter à 7h30, j’ai déjà utilisé une grande partie de mes réserves mais l’envie de continuer et d’aller jusqu’au bout est plus forte. Nous rechaussons nos crampons, reprenons l’ascension et arrivons alors dans un univers exceptionnel : à près de 4000 mètres d’altitude, nous sommes entourés de neige pure et immaculée, les sommets environnants déchirent les voiles de nuages, nous marchons à présent sur une crête glacée, c’est tout simplement extraordinaire, presque irréel…
A cette altitude, nous commençons à ressentir fortement les effets du manqe d’oxygène : le souffle est plus court, les pas sont plus lourds, le mal de tête apparaît et la fatigue s’intensifie. Mais l’envie et la détermination nous poussent toujours un peu plus loin. Pas après pas.
Nous continuons de grimper pendant deux heures et ce n’est que lorsque nous arrivons au Dôme du Goûter que le sommet du Mont Blanc nous apparaît enfin, immense, imposant, majestueux. Nous nous sentons comme hypnotisés par ce sommet vers lequel nous marchons depuis deux jours. Il semble nous appeler à lui… Mais soudain, je me sens comme figée, les jambes coupées par l’effort, le souffle suspendu. Laurent s’assied près de moi, m’aide à reprendre mes esprits, me redonne confiance… Mais je suis à bout. J’ai repoussé mes limites tant que j’ai pu mais le mont est encore au-delà. Et continuer serait nous mettre en risque. Alors je salue le mont de la main et lui confie que je lui ai donné toute l’énergie que j’avais.
Nous n’atteindrons pas le sommet du Mont Blanc mais c’est tout de même avec un sentiment de joie et de fierté que nous brandissons les couleurs de Handicap International à 4300 mètres d’altitude, au cœur de l’immensité neigeuse et des nuages voluptueux.


Aurélie et Laurent

Tour de France à pieds : De Jausiers aux Chapieux 4646 km !



Du 9 au 28 Juin 2012



Notre Grande Traversée des Alpes continue et avec elle, sont lot d’aventures ! Nous nous retrouvons à franchir des cols à 2800 mètres d’altitude encore enneigés, enfilons nos raquettes pour descendre les faces nord, dormons dans les refuges encore fermés…
Le mois de juin marque le début de la transhumance et nous voyons arriver par endroits des troupeaux immenses de moutons gardés par chiens et bergés. Certains parcourent des centaines de kilomètres pour profiter des alpages avant de revenir dans leur région d’origine.

Le GR 5 nous mène dans des lieux particulièrement reculés et nous passons des journées entières sans rencontrer personne, traversons des villages sans aucune âme qui vive… en tout cas, en apparence… jusqu’à ce que l’un d’eux nous réserve une incroyable surprise !
Nous arrivons à Bonneval sur Arc, charmant village de la Tarentaise où le monde moderne a oublié de faire étape. Ici, l’eau coule toujours dans le lavoir, la maison du cordonnier est restée ouverte et une petite inscription indique qu’en ces murs réside un expert de la confection du génépi. Les maisons sont ornées de vieilles soupières remplies de fleurs, des skis anciens trônent dans chaque coin. Ce village est le dernier avant la frontière italienne et c’est également l’un des plus beaux de la région. S’il a su conserver son air d’antan, c’est parce qu’il a été oublié par les forces allemandes et italiennes lors de la seconde guerre mondiale. Une négligence que l’on ne saurait que trop féliciter aujourd’hui !
Nous sommes en train de rechercher par où passe le GR, nez plongés dans le topoguide, lorsque tout à coup, Laurent s’exclame :
- Enfin quelqu’un de célèbre !
Mais qu’est-ce qui lui prend ? Il regarde devant lui, yeux pétillants et sourire immense collé aux lèvres. Alors à mon tour, je lève le regard vers la petite ruelle en face de nous et vois deux hommes et une femme marcher dans notre direction en admirant les maisons rustiques. J’ai du mal à comprendre pourquoi Laurent est aussi enthousiaste à l’approche de ces touristes, mais il continue, bras levés vers le ciel.
- L’incroyable Tchékie Karyo, innoubliable dans Nikita !
Et tout à coup, tout me semble limpide… C’est l’un des acteurs principaux du film culte de Luc Besson, celui qui joue le rôle du mentor secrètement amoureux d’Anne Parillaud ! Certes, il a bien 20 ans de plus, mais il a le même regard, les mêmes traits. Impossible de se tromper.
Mais que fait-il ici, dans ce minuscule village, avec une baguette de pain sous le bras ? Hors de question de manquer l’occasion, on enclenche la conversation. Il est actuellement en tournage dans la région avec l’équipe de Nicolas Vanier pour son nouveau film « Belle et Sébastien » ! Incroyable… Les coincidences continuent ! Laurent connaît Nicolas Vanier car ce dernier a préfacé l’un de ses premiers livres « Alaska, sur les traces des pionniers » !
Nous sommes sur le point d’enfiler nos sacs à dos, direction le col de l’Iseran à 2770 mètres d’altitude quand nos regards se croisent. Visiblement nous avons pensé à la même idée : et si nous allions rendre une visite à Nicolas Vanier et assister à l’un de ses tournages ?
En un quart de seconde la décision est prise… le col de l’Iseran attendra un peu !




Aurélie et Laurent


Tour de France à pieds : de Menton à Jausiers, 4366 km!


Du 28 Mai au 8 Juin 2012
De Menton à Jausiers
4366 km


 

Nous abordons à présent la seconde partie montagneuse de notre Tour de France à pied : les Alpes ! Devant nous, plus de 600 km de sentiers à remonter le long de la frontière italienne jusqu’au lac Léman, à une période de l’année où, certes, l’hiver est bien derrière nous, mais où les cols sont encore enneigés.
Autant être honnête, dès les premiers kilomètres, nous sentons que cette étape va être particulièrement exigeante au niveau physique. A peine quitté Menton, la pente grimpe sur plus de 1000m de dénivelé et nous nous retrouvons pris entre terre et mer. Devant nous, le col à franchir, derrière nous, la Méditerranée brillante comme un miroir. Deux mondes concomitants mais absolument différents.

Au bout de trois jours de marche, nous parvenons à Roure, petit village oublié où le temps s’est arrêté. Lové au creux de la montagne, il respire le bon air d’antan et nous découvrons, émerveillés, de minuscules ruelles bordées de lavoirs et des maisons colorées où sont gravés les noms des lieux. Chaque recoin est un ravissement, chaque embrasure de roche cache une promesse… Un mélange de pierres anciennes qui protège une histoire et qui vient éveiller en nous une curiosité d’enfant. Alors évidemment, nous ne pouvons résister à l’envie de découvrir ce qui se cache derrière ces murs. 

Pas un bruit, pas un mouvement… rien ne vient perturber le repos du village. Mais lorsque l’on y prête attention, quelques indices sont parsemés, ici et là… Devant nous, une porte entrouverte, une effluve chaude et sucrée flotte dans les airs. A tâtons, nous nous approchons de l’immense devanture en bois et fer forgé. Qu’y a-t-il de l’autre côté ? Timidement, je frappe à la porte…
- Bonjour, il y a quelqu’un ?
Silence…
Je frappe encore.
- Vous m’entendez ?
Toujours aucune réponse.
Alors je pousse la porte. Elle est lourde et lance un grincement strident au moment où je m’apprête à franchir le seuil, comme pour mieux freiner l’ardeur du visiteur trop curieux. J’hésite… Je me souviens, lorsque j’étais petite fille, des interdictions de pénétrer dans les endroits réservés aux grandes personnes. Mais je me souviens également de ces formidables découvertes que l’on réalise quand on s’affranchit de certaines limites.
J’ose un pied à l’intérieur.
- Bonjour…
Je suis maintenant entrée dans la pièce, tout est sombre autour de moi. Mais en m’aventurant un peu plus, je distingue dans un coin, un foyer encore chaud où des braises crépitent encore.
- En quoi puis-je vous aider ?
Je sursaute, telle une enfant prise en flagrant délit. La voix s’est élevée du fond de la pièce. C’est une voix forte et avenante. Mais je ne vois toujours personne. C’est alors, que, de derrière une étagère, apparaît un homme de petite taille, robuste et droit. En fait, je le devine plus que je ne le vois. Sa présence est perceptible même dans l’obscurité la plus profonde. Il s’avance, et entre dans le rai de lumière qui a pénétré la pièce en même temps que nous. Son visage est rond, ses yeux rapprochés pétillent à la lueur du jour tandis qu’une grande barbe blanche entoure son large sourire. Il se dégage de cet homme quelque chose de simple et de serein, un quelque chose d’autrefois. Alors immédiatement, le charme opère. Car immédiatement, nous nous sentons les bienvenus.

L’homme porte un tablier et une toque blanche sur la tête. Ses mains recouvertes de farine jouent avec un morceau de pâte fraîchement pétrie. Nous réalisons alors que nous sommes dans une des plus anciennes boulangeries de France, une boulangerie où le four à pain date de plus de 300 ans et qui, aujourd’hui encore, grâce à la patience et l’amour de Pierre pour ce lieu qu’il a toujours connu, continue à faire vivre un village entier. Un village lové au cœur de la montagne, un village où le temps de filer s’est arrêté, un village dont les ruelles silencieuses révèlent des secrets d’antan à qui veut les écouter.

Les poches remplies de petits pains, nous reprenons nos sacs à dos, direction toujours plus au nord, toujours plus au cœur des Alpes.



Aurélie et Laurent


En visite chez les Dong, minorité ethnique du Sud de la Chine


Les Dong, peuple des montagnes du Sud, constituent une des minorités de la Chine.Leur langue, difficilement compréhensible par ceux qui ne parlent que le mandarin en raison du grand nombre de tonalités, relève de la tradition orale et n’a jamais été écrite. Elle se transmet pour les chants, omniprésents dans la culture Dong. Dans chaque village, il y a une ou plusieurs chorales qui se produisent lors des nombreuses fêtes.

Les Dong sont également célèbres pour l’architecture de leurs villages. Tout est en bois, sans clou ni vis et les maisons peuvent atteindre plusieurs étages. Il était d’usage dans les familles de planter un arbre à la naissance de chaque enfant. Cet arbre, une variété de sapin, devenu grand au moment du mariage de l’enfant, servait à la construction de la maison.

L’exemple le plus impressionnant de l’architecture Dong est le Pont du Vent et de la Pluie ainsi que la tour du Tambour. Ce sont deux symboles de la culture Dong.

Entièrement peint et surmonté de plusieurs pagodes, le Pont du Vent et de la Pluie honore l’esprit qui l’habite. Le plus connu est celui de Chengyang.

Le village de Xhaoxing, entouré de montagnes, est construit sur des canaux. Les maisons de bois se reflètent dans l’eau calme et ne semblent pas avoir changé depuis des siècles. Des gerbes de riz sèchent au soleil. Les femmes teignent les tissus en indigo pour créer les vêtements traditionnels, toujours portés pour les cérémonies (qui sont nombreuses). 


Dans le village nous croisons beaucoup d’enfants et de personnes âgées. Ils sont tous souriants, intéressés par notre physique (yeux bleus, cheveux blonds, grands). Il faut dire qu’ils sont plutôt petits et s’amusent, à leurs dépens autant qu’aux nôtres, à comparer leur taille à la nôtre. Nous apprenons que la majorité des parents de tous ces enfants n’habitent plus dans le village et sont partis travailler dans les usines dans les grandes villes. De ce fait, les grands parents sont chargés des travaux des champs, de l’éducation des enfants… Mais, il reste toujours du temps pour une partie de cartes !





Pour se loger, pas de souci, il y a des petits hôtels (guesthouses) partout, souvent avec un confort rudimentaire mais…. cela fait partie du charme du voyage. Les nuits sont parfois un peu difficile tant les lits sont durs ! Cela aussi fait partie du charme du voyage…. Et il paraît que ça fait du bien au dos… 



 Par Joëlle Citron