Carnet de voyage: Palerme



                                                          Palerme
                                                Carnet de voyage 1 / 4

Ahhhh, Palerme… M’y voici depuis une semaine et déjà mon français s’estompe, se désagrège, se dissout dans la pétulance colorée de cette Sicilienne intraitable et de ses palazze dorés.


Palerme scène de rue, Amaury de Val Roger

Il est vrai aussi que je n’ai guère eu d’autre choix que de me mettre à parler rapidement l’italien, le palermitain moyen étant à peu près aussi doué pour les langues étrangères que le fox-terrier pour la belotte coinchée : ici on vous parle italien, si vous êtes sage, et sicilien, dès lors que votre participation n’est pas absolument indispensable à la conversation. Que voulez-vous, voyager est un métier.


La Zisa (de l'arabe "El Aziz" qui signifie la splendide, la noble), Amaury de Val Roger
C’est dire combien je suis doublement heureux d’avoir accepté de rédiger ce carnet de voyage pour mes camarades de chez Michelin restés au pays. D’une, voilà une garantie que je baragouine encore quelques mots de français à mon retour, chose indispensable pour rentrer vivant de Roissy-Charles-de-Gaulle. De deux, Palerme mérite plus qu’une autre d’être racontée, chantée même, vécue surtout : à la fois accueillante et farouche, splendide et décrépie, riche d’histoire et suprêmement pauvre, son identité tout en paradoxes la rend délicieusement insaisissable et, à ce titre, résolument dévorante.


Cento mercati ?

Amaury de Val Roger
Je suis français et je suis pragmatique : mes ancêtres n’ont pas conquis l’Europe en ne mangeant que du chou farci, que je sache. Première étape indispensable donc : le marché. Objectifs : découvrir les produits locaux ; nouer des échanges commerciaux avec les indigènes ; et sécuriser un approvisionnement continu en produits frais, et ce au meilleur prix. La base de la civilisation, en somme. Aussi fus-je quelque peu troublé lorsque, demandant dans la rue où se trouvait le marché le plus proche, j’obtins autant de réponses que de palermitains : « juste là, à gauche ! au bout de la rue et à droite ! derrière vous, à 100 mètres et à gauche, vous ne pouvez pas le rater ! » C’est qu’il y a, à Palerme, autant de marchés que d’immeubles en ruines (ou presque) : pas un quartier qui ne déploie, tous les jours et du matin au soir, son mercato aux étals débordant de produits de la mer et de fruits dopés au soleil de Sicile. Comme me l’explique un peu plus tard mon voisin, Palerme est « la ville aux cent marchés. » 


Direction Il Capo, un grand marché du centre-ville, situé à deux pas du Teatro Massimo. Dans de petites rues sinueuses aux façades recuites par la chaleur, une jungle de maraîchers harangue le chaland avec cette délicatesse typiquement sicilienne qui a fait le succès de la famille Corléone : certains feront même mine de prendre votre refus poli comme une insulte personnelle ! Comédie, naturellement, que tout cela. Mais derrière les facéties rituelles de la vente à l’étal, on se rend vite compte qu’à Palerme, la nourriture, c’est du sérieux. 


Pouvoir d’achat

Amaury de Val Roger
Et qu’elle n’est pas chère ! Citrons de Sicile, gros comme des melons, un demi-litre de jus par fruit : 1.39€ le kilo. Tomates vertes délicieusement sucrées et à l’acidité subtile : 1.59€. Poivrons, dodus comme des pastèques, si tendres qu’on peut les faire griller directement à la braise, 1.10€. Je précise que ces prix valent pour mai 2012, au cas où la monnaie européenne viendrait à s’effondrer avant la publication de cet article. Tout de même…
Mais c’est surtout côté mer que Palerme en met plein la vue – et les papilles. Le thon rouge de Méditerranée, présenté entier sur l’étal, 80 bons centimètres de diamètre, vous est débité en tranches à la demande, pour 14€ le kilo, comme ça, au milieu de la rue. Vous avez bien lu : le meilleur thon de ce côté-ci du Pacifique est vendu au prix du colineau de chez Carrefour : c’est la première raison que j’ai trouvé de RESTER à Palerme.  Les sardines locales, fraîches du matin, grasses et goûteuses, sont bradées 1.50€ le litre ; le petit rouget de Méditerranée, un délice à poêler à la minute sous un filet d’huile d’olive, 8€ le kilo ; et ne me lancez pas sur les calamaretti ou leurs cousins pulpini, de petits mollusques frétillants assez semblables aux supions marseillais et que l’on roule dans la farine, l’ail et le persil avant de les jeter négligemment sur une poêle chaude : 12€ le kilo.



Amaury de Val Roger
Si on mange divinement bien à Palerme, c’est à condition de manger les produits locaux, bien sûr, mais aussi de savoir jusqu’où ne pas aller. Les parisiens habitués aux boucheries étoilées du 14e arrondissement seront déçus par la viande, certes peu chère mais aussi moins persillée, moins bien élevée que celle que l’on trouve chez nous. Le porc et la chèvre, moins exigeants que le bœuf, s’en tirent à cet égard substantiellement mieux. Quant au pain, mieux vaut ne pas s’attendre aux miches complexes et parfaitement alvéolées des meilleurs ouvriers français : ici c’est la pasta qui constitue la base de l’alimentation et le pain, cet autre enfant du blé, n’a pas la part belle. Qu’importe. Il suffit de se laisser porter au fil du marché et d’écouter son instinct pour profiter du meilleur rapport qualité-prix de toute la Méditerranée occidentale ; alors même français, on ne va pas se plaindre. 



Principaux marchés (centre ville) :


-          Il capo. A proximité du Teatro Massimo, entre la rue Volturno et la place Beati Paoli. Un peu de tout, surtout de la nourriture, superbes poissons.
-          La vucciria. Déformation de ‘boucherie’ en italien. Près de la place San Domenico, entre les rues Giovanni Meli et Vittorio Emanuele. Bouchers corrects, beaux fruits et légumes.
-          Ballaro. Autour de la Piazza d. Carmine, non loin de la via Maqueda et du Palazzo Comitini. Un peu plus populaire et donc (encore) moins cher.


Palerme, la chapelle Palatine chef d'œuvre de l'art arabo-normand, Amaury de Val Roger


Par Maurice Dupont, Globe-Trotter.

Nîmes ; ses crocodiles et ses feria !



A deux pas d’Arles et d’Avignon, à la lisière des collines, des garrigues et de la plaine marécageuse de Petite Camargue, bienvenue à Nîmes !


Rome française pour les uns, Madrid selon d’autres, Nîmes présente deux visages : catholique ou protestante, austère mais débridée pendant les ferias.

Nîmes, c’est la Nemausus Romaine. Les légionnaires venus des campagnes d’Egypte s’y installent.

Avant les taureaux il y avait les crocodiles au bord du Gardon !
Pas forcément dans les arènes mais sur les bannières des légionnaires à qui Rome avaient octroyé des lopins de terres de la riche province de la Narbonnaise : ces jeunes retraités de la Légion avaient pour la plupart servi en Egypte, alors colonie romaine. Sur les berges du Nil, le crocodile est roi. Il est devenu naturellement le symbole des légions d’Égypte. De là, le saurien figura comme emblème de ralliement des nouveaux colons.

Deux siècles plus tard le saurien du Nil assure un remarquable « come back » dans les rues de Nîmes où son effigie de bronze ponctue les divers parcours historiques nîmois. Et quel parcours !

Il faut absolument visiter la Nîmes romaine et médiévale:


Cette promenade permet de découvrir les principaux monuments de la ville romaine ainsi que l’« Écusson », lacis de ruelles du quartier médiéval. Mais le lieu emblématique, c’est évidemment Les Arènes : à l’époque, 24 000 spectateurs s’y pressaient. C’était le 9ème en nombre de spectateurs de la Gaule. Il est le mieux conservé du monde romain.

Les combats de gladiateurs y sont interdits en 404, elles deviennent forteresse sous les Wisigoths… l’organisation de corridas ne date que du 19 ème siècle.
Ne manquez pas la feria de la pentecôte quand toute la ville se retrouve dans ses arènes. L’occasion de concerts, expos, bals, spectacles de flamenco… c’est l’Espagne qui pousse sa corne. L’occasion de venir admirer les meilleurs toreros ou les plus belles bêtes… c’est aussi le temps des bodega, avec tapas et « pastis au mètre ».



Par: Gautier Battistella


JAPON : Contre les douleurs, essayez le bain radioactif !



Comment ça, vous n’avez jamais pris de bains au radium ? Au Japon, c’est possible ! Un grand plouf pour voir le Pays du Soleil Levant sous un jour nouveau.



Un bain de radium ? En ce monde post Fukushima, encore frémissant des dangers de l’atome, la proposition peut sembler surprenante. On vient pourtant de très loin pour profiter des sources de Tomata. Car ce ne sont pas n’importe quelles sources : ici, les clients prennent des bains de radium ! Il a même fallu aménager un complexe hôtelier afin de les accueillir.

La station Tomata, d’Okoyama (située à une heure et demie de train d’Hiroshima), fait partie des stations thermales les plus populaires du Japon avec Arima Springs (préfecture de Hyogo), Shirahama Springs (préfecture de Wakayama) et la station Misasa, de la préfecture Tottori.

Comme souvent, tout a commencé par hasard, il y a un siècle. Une usine de sodas choisit cet emplacement pour ses sources chaudes, et l’eau en abondance, qui jaillit naturellement. Le Japon est une terre volcanique. Si l’on creusait suffisamment, et pour quelque 100 millions de yen, on trouverait de l’eau au centre de Tokyo. Les sodas produits par l’usine de Tomata révèlent d’étranges propriétés : on les dit « miraculeux », ils ne « se perdent pas ». Et cela, grâce à un ingrédient secret : le radium (identifié, faut-il le rappeler, par Pierre et Marie Curie), présent à de faibles taux dans l’eau.

« Inspirez bien, pour que la radium pénètre dans vos poumons » : à ce conseil du directeur du centre, Noritake Takahiro (qui a donné son nom à l’hôtel), nombre de thermalistes de nos côtes prendraient leurs jambes à leur cou –l’irradiation, ce sera pour un autre jour. Vous pouvez respirer : nous avons « inspiré » pour vous. Quelques règles vous seront indispensables pour ne pas choquer vos sympathiques compagnons de baignade.    

Sachez que dans les bains japonais, tout le monde est nu - je distingue déjà les sourires : non, messieurs, les bains ne sont pas mixtes (contrairement aux saunas allemands) !

On accède aux bains par trois ascenseurs différents, quatre couloirs, et une dizaine de portes, itinéraire Kafkaïen qui vous délivre au sommet de la montagne.
Première étape : retirer ses sous-vêtements. Vous vous laverez ensuite, assis sur un petit tabouret de bois (« Prière de ne pas dépenser d’eau » précise un écriteau). Vous ne conserverez avec vous qu’un petite serviette carrée, destinée à dissimuler votre intimité : les habitués, cependant, placeront la serviette humide sur leur tête, et pourront ainsi de déplacer dans l’eau, sans s’en soucier.

Nous y voilà ! Le décor est exubérant : rochers et végétation se mêlent sans que l’on puisse distinguer le vrai du faux, c’est la jungle (est-ce un palmier ?), ou la montagne, on ne sait trop, les vapeurs d’eau créent un brouillard dansant au travers duquel on croise parfois le contour d’un baigneur. Les eaux sont brûlantes, et la chaleur, lentement anesthésie les corps. Dehors, le soleil s’est couché.

« Alors, c’était comment ? » demandent les camarades demeurés en bas. C’était de la bombe ! répondis-je le teint radium, pardon, radieux.


Hiroshima : renaissance d’une ville martyr
La station Tomata est située à une heure et demie de train d’Hiroshima : rien à voir pourtant avec les conséquences de l’explosion atomique du 6 août 1945 ! Hiroshima est une ville saine et fleurie, dont l’appétit de vivre se mesure à l’aune de sa vie nocturne et de la jeunesse de sa population. Si un musée rappelle l’horreur des destructions de la bombe atomique, nul culte de la douleur. Les écoliers jouent au baseball à deux pas de l’épicentre de l’explosion, près de A-Dome. Le sous-sol de la ville n’a pas été affecté par la radioactivité. Les aventuriers de l’extrême s’épargneront le délicieux frisson de goûter aux effets du projet Manhattan.


Par Gautier BATTISTELLA

Au royaume du silence Souvenirs d’une nuit finlandaise






La Finlande, c’est autre chose que Santa Claus et sa tripotée de lutins hystériques. Là-bas, les nuits sont éternelles, les aurores rouges et les hivers bleutés.   



En hiver, la lumière finlandaise est d’une pureté extatique. Le soleil s’éveille tard, vers dix heures, timide, surpris de sa propre insolence. Il se couche, au contraire, brusquement. S’évanouit sans un mot à quinze heures. La nuit entoure l’heure du goûter, épaisse. En Finlande, la Lune règne sur l’hiver.



Un soir, dans la région de Wild Taiga, délaissant la douceur sifflante d’un feu de bois,  je suis allé me promener sur le lac gelé Lammasjärvi. Le thermomètre affiche moins 22. J’avance avec précaution. On m’a conseillé de ne pas m’éloigner du bord. Soudain, le lac s’aperçoit de ma présence : le voilà qui gronde, craque, mugit. Un esprit énorme habite cette masse pâle, dont les contours s’oublient dans la nuit. Je comprends alors l’origine du Kalevala, l’épopée finnoise, poétique et animiste. Un folklore qui inspira à Tolkien une partie du Seigneur des Anneaux





C’est l’autre aspect de la nuit finlandaise. Dehors, le silence et la nuit. A l’intérieur, une parole libérée, réconfortante. Le verbe tient chaud, surtout si on l’accompagne d’une rasade de vodka. A l’instar du barde magicien Väinämöinen, héros du Kalevala, les Finlandais jouent du kantele, l'instrument à cordes, sur lequel ils improvisent des chants. Moments en apesanteur, au cours desquels se tissent les mythes.










Ces poèmes voyagent jusqu’au Nord de la Finlande, près du Cercle Arctique, au royaume des aurores boréales. Les légendes sames (ou lapones) y voient un « feu de renard » - la queue d’un renard arctique aurait frotté sa queue sur la neige. Il est possible de les admirer près de deux cent fois par an lors des nuits sombres et dégagées… loin des lumières de la ville.     



Attention, l’hiver Finlandais ne dure pas éternellement. Bientôt règnera un soleil définitif, sur le jour et la nuit, au cours des fameuses nuits blanches. Les Finlandais, eux, continuent à chanter leur pays. 

 








Le site indispensable : visitfinland.com
Hébergement et Restauration
L’hôtel Kalevala offre un panorama unique sur le lac Lammasjärvi, le long de la frontière russe dans la région de Wild Taiga. www.hotellikalevala.fi
Tops
Nombreuses activités touristiques : sauna, ski de fond, escalades de glaciers (www.yllas-halli.fi), safaris à chiens de  traîneaux, patinage sur lac gelé, pêche au trou et pour les plus givrés, une leçon de conduite sur une piste de glace (www.juhakankkunen.com)
Depuis décembre 2009, vous pouvez dormir dans un hôtel de neige et de glace en Laponie, avec vue sur les paysages enneigés (www.articsnowhotel.fi).Une expérience… revigorante.
Le design à Helsinki. 


 Par Gautier Battistella

Tour de France à pieds: du 2 au 19 Avril 2012 De St André à Vias 3567 km





Méditerranée en vue, Méditerranée en vue !!
Les Pyrénées sont presque derrière nous maintenant, et la mer s’étend devant, sur 180 °C. « Retour du plat, du sable chaud et des tapas espagnoles », pensez-vous ? A vrai dire, pas tant que ça…



Le principe de notre Tour de France à pied, c’est d’être au plus proche des frontières françaises. Après Hendaye du côté de l’Atlantique, notre objectif est à présent de rejoindre Cerbère, le village le plus au sud de la France, mais de l’autre côté des Pyrénées. Et pour cela, nous devons franchir à nouveau des cols à 700 mètres d’altitude. Plus nous nous élevons et plus le panorama est extraordinaire : des terrasses de vignes sur des fonds rocailleux, des plages à perte de vue et une mer bleu azur… Splendide, certes, mais l’instant de sérénité ne dure pas.


Tout à coup, l’horizon s’assombrit, le vent se lève, les températures baissent… une goutte, puis deux, et soudain, le déluge ! Des éclairs transpercent le ciel, des ruisseaux se forment autour de nous et emportent les pierres sur leur passage, la terre s’effrite… et soudain, la pluie devient grêle ! Des morceaux gros comme des cailloux tombent sur nos têtes et rebondissent par terre. Personne autour de nous, aucun réseau téléphonique, la luminosité diminue, nous n’avons pas le choix : nous devons avancer. 

Nous sommes à présent au point culminant du sentier et la vue enchanteresse s’est transformée en véritable chaos. La mer est sombre, les nuages semblent engloutir les villages de la côte, la falaise se confond avec le gris du ciel. Une nouvelle fois, la nature nous montre sa force et nous met face à notre vulnérabilité. L’homme qui pense maîtriser les éléments, celui qui sait, qui anticipe, prévoit et calcule, se sent petit et négligeable lorsque ces éléments se déchaînent. La nature, en l’espace de quelques secondes, nous rappelle nos propres limites.
Au détour d’un flanc de montagne, nous distinguons une batisse. Est-ce une maison ? un fort ? La demeure est immense et complètement vide, abandonnée et à moitié détruite, mais elle nous offre un abri contre les rafales de vent qui dépassent les 100 km/h. Peu à peu, nous nous réchauffons et la tempête s’éloigne. 


Au loin nous remarquons deux personnes venues, elles aussi, venues profiter de la montagne et surprises par l’orage. Naturellement, nous lions conversation : Dominique et Claude habitent Cerbère, notre destination du jour, et nous invitent à dormir chez eux. Anciens parisiens qui ont baroudé partout en France, ils sont tombés amoureux de ce coin de terre abrupte et authentique. Ils y ont construit leur maison à même la roche, embrassent la mer tous les matins et font vivre les traditions de la région. Un pied en France, l’autre en Espagne, « C’est ici que je me sens vivre, nous lance Claude. Ici que je resens l’intensité du monde et la profondeur des hommes. Il n’y a pas de faux semblants. Ici, on parle avec son cœur.» 


Un choix et des mots qui nous touchent. Un parti pris assumé et une vie inventée autour d’une envie. Le courage de créer et de recommencer à bâtir, avec la force et l’expérience de ses 50 ans. Et surtout, le courage de toujours vouloir donner vie à ses idées, à tout âge de sa vie. C’est le message que Claude nous a transmis et que nous emportons, bien volontiers, dans nos sacs à dos.

Le lendemain, les nuages ont disparu, le ciel a repris ses teintes bleu azur et nous, nous quittons la frontière espagnole, direction à présent, Menton et l’Italie !




Aurélie et Laurent


« Le Raffles », le palace de Singapour


Palace d’élégance, haut lieu de la gastronomie, le Raffles est la mémoire de Singapour. Où l’on rencontre un amoureux de Chopin et six étoiles en voyage. 

extérieur d'une chambre

Il semble flotter encore l’odeur de cigare des joueurs de bridge, et le parfum des dames en crinoline. On les imagine, tentant d’échapper à la torpeur des heures singapouriennes, en s’éventant mollement à l’aide d’un éventail. Le plancher verni craque sous les  souliers, la petite musique du bois rappelle les heures glorieuses. Au détour d’un couloir, quelques clichés en noir et blanc rendent hommage aux célébrités, Liz Taylor en rit. La fierté de l’établissement n’est pas ostentatoire. Il n’en a pas besoin. Car c’est bien cela qu’il propose : une halte raffinée, une pause au cœur de la ville. Bienvenue au Raffles, oasis de Singapour.

L’histoire de la ville se lit dans celle de l’établissement. Son nom rend hommage à Sir Thomas Stamford Raffles, le créateur de Singapour. Colonel dans l’armée britannique, lieutenant gouverneur de Java, à qui il apporte l’abolition de l’esclavage et des travaux forcés, anobli en 1817, il fonde en janvier 1819 un poste de commerce à l’extrémité de la péninsule malaise, appelé à devenir Singapour… Le passé est là, tout entier. Un majordome indien aux cordons dorés ouvre la porte des taxis aux dames, et les abrite d’un parapluie jusqu’au vaste hall : à l’intérieur, tout n’est que bois, rumeurs, murmures et odeurs de cire. Les hommes escortent leurs dames au Raffles bar, les pales des ventilateurs brossent l’air épais, commandent un Singapore Sling. Ici, on jette les enveloppes de ses cacahouètes par terre – un coup de canif so british, une tradition presque révolutionnaire au royaume de l’Absolue Propreté qu’est Singapour.   


Raffles bar
      

  La vie en rose

Une femme de ménage apparaît, s’incline, disparaît. Il fait trente cinq degrés. Un vent tiède plisse l’eau de la piscine, située derrière le bâtiment principal, après le spa.  Accoudé au bar, un homme noir en peignoir blanc chantonne « la Vie en rose », d’Edith Piaf. Par quel miracle ce bluesman de New Orleans, se trouve-t-il à Singapour ? Est-il de passage ? Nous sommes tous de passage, répond-t-il, d’une voix grave, suivie d’un rire explosif : « My name is James H. McKissic, but you can call me James ». Son histoire est édifiante. Pianiste de bar à Marrakech, vivotant au gré des contrats, il est remarqué par un producteur New-Yorkais qui lui propose de jouer… à Carnegie Hall, tout simplement. James joue Debussy, Chopin et Schumann. Ou plutôt, c’est Dieu qui joue, dit-il, lui ne fait que lui prêter ses doigts : « C’est aussi simple que cela : il suffit d’y croire ». Est-ce le moment, en apesanteur, le cri des oiseaux, une brève éclaircie ? Ou cette jungle qui nous entoure et murmure ses sortilèges ? On a envie de le croire. Ses yeux pétillent. A soixante-dix ans, il en parait cinquante. Il s’excuse, on l’attend. « Je vous dédierai une chanson, c’est une promesse ». Se rencontrer au Raffles n’est jamais anodin. 

Une autre partition s’y joue une fois l’an. Plusieurs brigades de toques, bardées de couteaux et de casseroles, ont dressé leurs cuisines dans le hall. Une armée en campagne, au service de la gastronomie. Prenons de la hauteur, au deuxième étage : une myriade de planètes rondes et blanches, évoluent parmi la fumée et les fumets. Chaque année, Pierre Burgade, originaire de Mirande, executive chef des restaurants du Raffles accueille les meilleurs chefs français. L’idée : jeter un pont entre deux rives culinaires. Cette année, la cérémonie culinaire est orchestrée par un monstre sacré : Gérald Passédat, du Petit Nice à Marseille, un fidèle (c’est sa troisième année) et un nouveau prince, Gilles Goujon, de l’Auberge du Vieux Puits, à Fontjoncouse, sacré en 2010. Chacun d’eux arbore trois étoiles à la poitrine, et nous gratifient d’une leçon de saveurs. 


in the Raffles


          

  L’œuf andalou de Gilles Goujon

Est-il besoin encore de décrire « l'œuf poule Carrus pourri de truffes tuber melanosporum sur une purée de champignons et truffe d'été, servie avec sa briochine tiède et cappuccino à boire », le plat emblématique de Gilles Goujon ? On découpe l’œuf, tel l’œil de Simone Mareuil dans Un Chien andalou, le film de Bunel et Dali, et celui-ci laisse apparaître, à notre ravissement, son pourrissement… un jus de truffe.  Métaphore oculaire pour délice culinaire… Non loin de là, le charismatique Gérald Passédat, célèbre (notamment) pour sa bouillabaisse déstructurée en trois services, propose un homard abyssal.   


            Et c’est justement des abysses que s’élève une voix. James chante « Ne me quitte pas ». Les mots de Brel glissent sur du velours. Le fantôme de Nina Simone s’accoude au piano. Elle lui dit qu’elle aime sa voix, il lui répond qu’il préfère son sourire. Ne me quitte pas… James le sait, lui qui dit ne pas penser à demain : on ne quitte jamais vraiment le Raffles

Un portier

Quelques sites à visiter

Pour les photos sur l’hôtel :  www.leonardo.com/raffles



Gautier Battistella

Tour de France à pieds: u 21 Mars au 1er Avril 2012 : De Bagnères de Bigorre à St André, 3366 km





Depuis plusieurs jours maintenant, nous avons quitté les hauts sommets pour longer le piémont pyrénéen et il nous semble que la France entière baigne dans un extraordinaire soleil… sauf nous !


Partout le ciel est dégagé, les températures sont dignes d’un bel été, tandis que nous, dans le sud, nous avançons sous la pluie et nous cherchons des endroits secs pour nous réchauffer.
Heureusement, cela dure peu et passé Foix, nous voici pris à notre tour dans une improbable vague de chaleur. Nous suivons alors le sentier Cathare qui nous mène sur les hauteurs de la vallée et offre une vue imprenable sur la chaîne enneigée des Pyrénées… 
  


 

Tout à coup, le printemps renait ! Champs en fleur, arbres qui bourgeonnent, insectes et animaux qui font surface… autour de nous, la nature revit et nous communique l’énergie qui nous a manqué dans les derniers jours.






Nos pas nous mènent jusque chez Evelyne et Yvan qui habitent au pied du Mont Canigou. Evelyne nous accueille avec un sourire et une chaleur qui nous font instantanément oublier les heures de marche sous le soleil et dans la poussière. Au détour d’un verre de vin du Roussillon, elle nous ouvre son univers et nous découvrons une âme généreuse… à l’image de nos « destins de mer ». Quand Evelyne n’est pas dans sa jolie région du Languedoc-Roussillon, elle vit en Vendée, à St Hilaire-du-Riez. 



 
    Son plaisir ? Arpenter les pistes à vélo en bordure de plage ou dans la forêt de pins. Mais aussi être présente pour ceux qui sont trop souvent oubliés.
Et comment mêle-t-elle les deux ? Evelyne s’est offert un vélo électrique aux couleurs chatoyantes, doté d’une petite carriole à l’arrière, et tous les deux, ils promènent des personnes âgées qui ne peuvent plus se déplacer. Son vélo s’appelle « Carmen », elle l’a nommé ainsi pour le jeu de mot « care – men ». L’humour n’est jamais loin… 



Trois fois par semaine, Carmen et Evelyne vont chercher les promeneurs à leur maison de retraite et les emmènent, nez au vent, côtoyer l’océan et profiter de l’ombre des pins. Des rendez-vous hebdomadaires qui tiennent lieu de véritable thérapie tant physique que psychologique, car, au fil du temps, Evelyne et Carment sont également devenues… leurs confidentes.




Toute seule, avec la seule force de sa volonté et de ses mollets, Evelyne crée une petite révolution au quotidien. En l’imaginant « promener ses p’tits vieux », comme elle dit en souriant, nous ne pouvons que nous remémorer les scènes d’Amélie Poulain, lorsqu’Amélie emporte avec elle un vieillard aveugle et lui décrit les marchés, les passants, les formes et les couleurs de la rue. Un tourbillon de générosité et de spontanéité d’une intensité rare… Amélie permet de voir à celui qui ne peut pas voir. Evelyne, elle, permet de marcher à celui qui ne le peut pas. Une bataille qui nous touche, forcément.



En quittant Evelyne et Yvan, nous reprenons la route vers la Méditerranée. Bientôt, nous allons le retrouver la mer, pour une nouvelle étape de notre Tour de France à pied !





Aurélie et Laurent